Un an après sa participation à la première résidence Nou Kapab, Daïsha St-Vil s’apprête à faire sa rentrée à l’Université Quisqueya où elle étudiera les sciences politiques grâce à une bourse accordée pour l’année académique 2026-2027.

Daïsha n’a pas attendu Nou Kapab pour choisir cette voie. À 15 ans déjà, elle savait qu’elle voulait étudier les sciences politiques. Ce qu’elle ne savait pas encore, c’était comment y parvenir. Aujourd’hui, son projet s’est précisé : elle souhaite se spécialiser en relations internationales et devenir diplomate.
Pendant la résidence Nou Kapab, Daïsha avait partagé son souhait d’étudier les sciences politiques. Dans le cadre de l’accompagnement des participantes au-delà de la résidence, la Fondation Déclic a pris contact avec le recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque, afin d’explorer les possibilités de soutien à la poursuite de ses études.
Lors du forum de restitution, organisé quelques jours après les examens du baccalauréat, Daïsha a ainsi reçu de la direction du programme Nou Kapab l’assurance d’une bourse d’études à l’uniQ si elle réussissait son bac et le concours d’entrée à l’Université Quisqueya. Elle a relevé les deux défis. Le Recteur a alors confirmé l’octroi de la bourse pour l’année académique 2026-2027.

Soutenu par la W.K. Kellogg Foundation, Nou Kapab ne s’arrête pas aux trois semaines de résidence. L’incubateur accompagne les participantes pendant l’année qui suit, dans la mise en œuvre de leurs projets communautaires, le développement de leurs Clubs Nou Kapab et la concrétisation de leurs projets d’avenir.
À l’occasion de cette nouvelle étape, nous avons demandé à Daïsha de revenir sur son parcours, sur l’année écoulée et sur ce que Nou Kapab a changé — ou pas — pour elle.
Daïsha, comment as-tu réagi lorsque tu as appris que l’Université Quisqueya t’accordait cette bourse ?
J’étais très heureuse et je me suis sentie soulagée concernant la construction de mon avenir, qui venait de se mettre en marche. Je ne me suis pas trop agitée non plus parce que j’étais consciente de la confiance qui m’a été accordée et des efforts que je dois fournir pour ne pas décevoir les personnes qui croient en moi.
Pourquoi avoir choisi d’étudier les sciences politiques ? Quand est née cette envie ?
J’ai choisi d’étudier les sciences politiques parce qu’étant une jeune fille qui a grandi dans ce pays, j’ai toujours été témoin des injustices que subit notre peuple et de l’indifférence de nos autorités face à cela.
Je me suis toujours dit qu’à l’avenir, je ne resterais pas assise à critiquer nos dirigeants, mais plutôt que chaque petite action compte et que je serais une actrice dans l’évolution du pays.
L’envie d’étudier les sciences politiques est née vers mes 15 ans. Avant cela, je voulais faire des sciences juridiques, mais en grandissant je me suis rendue compte que je voulais être utile à mon pays entier, pas seulement à un groupe de personnes. Puis, en faisant une introspection, j’ai découvert que les sciences politiques étaient ma vocation.
Tu souhaites te spécialiser en relations internationales et devenir diplomate. Est-ce un projet que tu avais déjà avant Nou Kapab, ou s’est-il précisé depuis ?
Avant Nou Kapab, je dois dire que je ne visais pas aussi loin dans la politique. Pas parce que je n’avais pas confiance en mes capacités, mais plutôt parce que je savais qu’étant une femme venant de la classe populaire en Haïti et sans avoir un bon encadrement, je pensais être réaliste en ne voulant pas trop espérer pour mon avenir.
Arrivée à Nou Kapab, j’ai reçu les bagages nécessaires pour forger mon caractère. Nou Kapab m’a permis de m’affirmer dans cette société, de ne plus me sentir invisible et de comprendre que ma voix vaut la peine d’être écoutée.
Avant Nou Kapab, comment imaginais-tu ton avenir ? Est-ce que cette image a changé depuis ?
Avant Nou Kapab, j’avais de grands rêves, mais mes espoirs de les accomplir étaient assez minces parce que, concrètement, je ne savais pas par quel chemin j’allais passer pour les réaliser. Déjà que mon entourage était contre ma décision de faire de la politique.
Nou Kapab m’a sortie du flou en ouvrant le chemin sur mon avenir, et je souhaiterais faire pareil pour les autres jeunes se trouvant dans la situation où je me trouvais.
Qu’est-ce que ton expérience à Nou Kapab a changé — ou pas — dans ta manière de voir tes capacités, tes ambitions et la place que tu pouvais prendre dans la société ?
Mon expérience à Nou Kapab m’a aidée à m’accepter comme étant la leader que je suis. Je n’avais jamais flanché face aux critiques de mon entourage voulant me forcer à abandonner mes rêves.
À présent, grâce à Nou Kapab, je sais que j’ai une base solide et qu’il serait extrêmement difficile de me prouver le contraire. Je suis femme, je suis forte et oui, j’ai ma place en tant que leader féminine dans cette société patriarcale.

Y a-t-il un moment particulier de la résidence ou de l’année qui t’a marquée et que tu emportes avec toi aujourd’hui à l’université ?
Dans la résidence, la chose qui m’a le plus marquée, c’est la sororité qu’il y avait et qui persiste encore. Nous sommes toutes heureuses de la réussite de chacune et nous voulons chacune le bonheur de l’autre. Nous avions créé notre propre famille.
Partout où je passe, j’essaie d’inculquer cet esprit de sororité aux filles que je connais et je compte bien intégrer tout club de sororité à Quisqueya.
Cela fait maintenant un an depuis la résidence. Qu’est-ce qui est resté de Nou Kapab dans ta manière d’agir, de prendre la parole, de faire des choix ou de mener tes projets ?
Je crois que depuis mon départ de la résidence, je suis beaucoup plus posée et plus confiante dans ma manière de prendre la parole, sans donner l’impression d’être en conflit avec les autres.
J’ai appris à ne pas persister là où je sais que c’est une peine perdue, pour ne pas affecter mon mental. Pour mener mes projets, j’ai appris à ne pas être timide : je dois me faire voir, me faire entendre, bien structurer mes projets et surtout préparer des discours à l’improviste pour rallier de potentiels intéressés à ma cause.
Nou Kapab insiste sur l’idée qu’une jeune femme peut agir sur son territoire et participer aux décisions qui concernent sa communauté. Aujourd’hui, un an plus tard, qu’est-ce que cela signifie concrètement pour toi ?
Aujourd’hui, concrètement, c’est devenu ma réalité et je dois dire que j’en suis extrêmement reconnaissante. Ma manière de remercier sera de réussir à accomplir tout ce que l’on espère que j’accomplirai, en faisant tout mon possible.

Est-ce que ton expérience à Nou Kapab a influencé ta manière de voir la politique, l’État ou le service public ?
À Nou Kapab, j’ai beaucoup appris de la vie politique et cela a contribué au renforcement de mon envie de faire de la politique.
Si tu deviens diplomate, quelle Haïti voudrais-tu représenter à l’étranger ?
Je voudrais représenter une Haïti en voie de développement qui n’aurait plus besoin d’aide financière de l’étranger, qui deviendrait un pays avec un taux très faible d’analphabétisme, où la criminalité ne régnerait plus, où le peuple ne souffrirait plus de la faim et où le travail serait accessible à tous.
Un pays non corrompu, honnête et qui laisserait un bon héritage aux plus petits. Et par-dessus tout, un pays inclusif où être différent ne serait plus un motif de moquerie.
Que représente cette bourse pour toi et pour ta famille ?
Cette bourse représente un énorme soulagement pour moi et ma famille. Dans un pays où avoir une éducation de qualité coûte extrêmement cher, cela m’a fait me sentir visible dans la société.
La confiance qui m’est accordée me fait sentir que les aînés ont toujours foi en la jeunesse de ce pays et qu’ils travaillent encore pour donner aux jeunes le meilleur avenir possible malgré la situation actuelle du pays.
Dans cinq ans, où aimerais-tu être ?
Dans cinq ans, j’espère déjà avoir ma licence, puis décrocher un stage afin de pouvoir acquérir davantage de connaissances, trouver un travail stable et aller encore plus loin dans mes études.









Si tu pouvais parler aujourd’hui à la Daïsha qui arrivait à la résidence Nou Kapab en août 2025, qu’est-ce que tu lui dirais ?
Je lui dirais de toujours rester fidèle à elle-même, de faire confiance à l’avenir et de ne jamais douter de ses capacités.
La Fondation Déclic remercie le recteur Jacky Lumarque et l’Université Quisqueya d’avoir répondu favorablement à sa démarche et de contribuer ainsi à ouvrir une nouvelle étape du parcours de Daïsha.