Faire le bilan pour ne pas trahir l’élan

 

À la fin de l’année, certain.e.s d’entre nous nous livrons à des activités comme l’évaluation de l’année, regarder ce qui a fonctionné et ce qui a révélé nos limites. En gros faire un bilan. Pour « Nou Kapab », le bilan révèle une aventure profondément humaine. Au cœur de ce bilan, il y a des histoires, des visages, des liens humains. Depuis le lancement du programme en août dernier, nous avons accumulé de nombreuses connaissances que nous aimerions partager avec vous.

Récapitulons !!

En août 2025, nous avons lancé le programme Nou Kapab – Incubateur de jeunes leaders a accueilli 25 adolescentes âgées de 14 à 18 ans, venues de 11 communes réparties dans 4 départements du Grand Sud d’Haïti. A la base, elles devaient être 24, mais l’histoire d’Abigaëlle Lubin a changé la donne : opérée la semaine du début du programme, elle a été remplacée sur la liste d’attente, puis a réclamé sa place dès sa sortie de l’hôpital. Accueillie avec solidarité, elle a rejoint le groupe à la semaine et a suivi deux semaines d’incubation intensive, portant le cohorte à 25 jeunes leaders. Un autre détail touchant : en l’absence d’une autre solution de garde, la fille de 8 ans d’une des animatrices a participé au programme, devenant ainsi la « participante junior non officielle » de celui-ci.

Durant trois semaines intensives à L’Astrée, les participantes, encadrées par  5 animatrices (dont la coordinatrice du programme et la chargée de communication), ont été formées autour de trois piliers essentiels : la prise de parole en public, la littératie civique, la conception et la structuration de projets communautaires. 

Pendant 21 jours à L’Astrée, 25 jeunes filles venues de 11 communes du Grand Sud ont partagé bien plus qu’une résidence : elles ont construit une expérience collective, un réseau de confiance et une vision pour leur avenir. 

Des résultats tangibles  observés dès le premier trimestre

À l’issue de la résidence, les résultats sont clairs :

– 25 jeunes filles avec des compétences renforcées et une posture citoyenne affirmée

– 23 projets incubés, alignés autour de cinq thématiques clés : environnement, infrastructures et sécurité, santé, éducation et espaces jeunesse, autonomisation des filles

– 23 clubs Nou Kapab déjà lancés dans 12 communes, rassemblant environ 200 membres. Le point d’orgue : le club d’Erika à Beaumont (Grand’Anse) a atteint ses 30 membres requis en seulement deux semaines de septembre et a déjà sécurisé un lieu de réunion régulier

– Visibilité assurée: Le site web  et le wiki dédié sont désormais opérationnels. Pour documenter la résidence, une série de contenus courts (TikTok/Reels/YouTube Shorts (insertion les liens) est diffusée d’octobre à décembre 2025. Un documentaire de 30 minutes est également en préparation, sa première étant prévue pour la communauté des Cayes.

– Reconnaissances publiques précoces : deux participantes, Fritzna et Sterlande, ont été invitées sur une radio locale de Les Cayes la première semaine de septembre et ont reçu des promesses de sponsoring local pour leur projet.

 Partenariats stratégiques engagés : 

  – Françoise Beaulieu Thybulle, ex-directrice de la Bibliothèque Nationale (30 ans de service), mentorera 4 filles (Daisha, Esaïca, Mylove, Nerlande) sur des projets de bibliothèques et centres culturels

  – Le directeur de l’ANARSE (régulateur national de l’énergie) a reçu Abigaëlle et Beyanca pour leur projet d’éclairage public et s’est engagé à les guider

  – L’hôtel-centre de conférence L’Astrée est devenu un partenaire clé acceptant une ristourne contre des services de visibilité numérique de Déclic/Métis.

 

Ce que le bilan révèle aussi : les réalités du terrain

Ce premier trimestre a mis en lumière des défis structurels majeurs :

Déficit structurel du télé accompagnement : malgré Google Classroom et WhatsApp, les filles dénoncent des sessions interrompues, un accès inégal aux données mobiles et des coupures d’électricité fréquentes. Elles ont explicitement demandé du mentorat en personne. Pourquoi ?

– Connectivité : internet instable, couverture mobile faible, manque d’électricité rendent le coaching à distance inéquitable

– Autorisations locales : négocier les espaces municipaux nécessite une présence physique (permis, frais)

– Contraintes familiales/scolaires : les visites sur place alignent les calendriers des projets avec les familles et les écoles

– Sécurité/logistique : la présence terrain permet des ajustements rapides (lieux, horaires, itinéraires)

Leçons apprises :

– Les partenariats en nature sont essentiels, mais compter sur du pro-bono, du troc ou des ristournes n’est pas soutenable

– Le télé accompagnement seul est inefficace en Haïti : un modèle de suivi sur le terrain structuré est indispensable pour transformer la formation en impact durable

État des écoles et opportunité inattendue : le Ministère de l’Éducation a repoussé la rentrée scolaire d’un mois. Les clubs ne peuvent donc pas démarrer dans les écoles comme prévu. L’opportunité : les participantes lancent les clubs dans des espaces communautaires, tandis que les protocoles d’accord avec les écoles – déjà signés avec consentements parentaux et engagements des élèves – prendront effet dès l’ouverture des écoles en octobre 2025.

 

Et maintenant ? Le choix : consolider ou compromettre

Le bilan appelle une décision claire : consolider ce qui a été semé via un financement supplémentaire de la W.K. Kellogg Foundation, comme convenu lors du checkpoint de septembre 2025 sur les « fonds de tiroir ».

Les 12 prochains mois nécessitent un accompagnement renforcé sur le terrain pour transformer la formation en impact durable. Notre demande comprend :

– Suivi terrain renforcé (visites, mentorat, coordination)

– Frais d’événements communautaires (locations, permis, espaces publics)

– Ressourcement des activités exécutées pro-bono (MEL, documentation juridique, plateformes numériques)

– Appui opérationnel aux 23 clubs (espaces, matériaux, communications)

– Création de 3-4 hubs de connectivité (Starlink + énergie solaire) pour pallier les lacunes locales

– Expansion du pilote : une seconde résidence plus petite (août 2026, 15 filles) pour tester l’évolutivité du modèle

Nou Kapab a déjà prouvé que l’investissement dans les jeunes filles produit des résultats concrets. Aujourd’hui, il s’agit de ne pas interrompre cet élan. Faire le bilan, ce n’est pas clore une histoire. C’est s’assurer que celle qui commence ne sera pas abandonnée en chemin.

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